1992 : VOYAGE VERS ISTANBUL...
SUISSE - DEPART DU JORAT UN MOIS D'AOUT SOUS LA CANICULE
Le 4 août à 11h, tout le matériel est réparti et nous prenons le grand
départ.
Nous mangeons à Payerne où nous passons un coup de fil pour encourager
notre ami Sylvain qui a encore quelques examens à passer.
Dans la folie du départ, j'ai de la peine à m'imaginer que je suis
parti pour voyager 2 mois à travers l'Europe, loin de la famille,
des amis, mais bien proche de cette selle trop dure.
Nous voici donc en route pour Istanbul.
Soleure, Brugg (où un premier problème technique nous oblige à changer un
moyeu de pédalier), Schaffhouse et déjà, nous approchons de
l'Allemagne.
ALLEMAGNE - L'INSOLATION MENACE...
En Allemagne, c'est la découverte du Müller milch, la boisson des
cyclistes que nous boirons à raison de plusieurs litres par jour.
Nous rejoignons le Danube, près de Tüttlingen. De magnifiques gorges
s'ensuivent. La piste cyclable est fléchée, la route bonne et nous
commençons à croiser quelques cyclistes.
Notre principal ennemi sera la chaleur, proche de 40 degrés pendant
les premiers jours. Avec l'effort soutenu, l'effet ne se fait pas attendre :
il faudra décréter une journée de repos au camping de
Straubing pour soigner les insolations...
AUTRICHE - EN SUIVANT LE COURS DU DANUBE
Après Passau, nous entrons en Autriche sous la pluie. Le temps s'est
heureusement rafraichi. Des pistes cyclables bordent les rives du Danube et nous circulons
au milieu de nombreux cyclo-touristes qui sont surpris ou sceptiques
à l'idée de nous voir partir jusqu'en Turquie.
Après Vienne, le site forain du Pratter et les glaces, nous poursuivons
vers la Slovaquie, qui vient de déclarer son indépendance.
SLOVAQUIE - UNE SORTIE MOUVEMENTEE
La Slovaquie marque l'entrée dans les pays de l'est. Dans les campagnes,
des hommes s'attroupent et boivent des bières devant les bistrots au son
de hauts-parleurs grésillants. La nourriture est bien différente de ce que
nous mangions en Autriche (surtout lorsqu'il faut choisir un menu au
restaurant).
A Sturovo, pas question de franchir le Danube en direction de la Hongrie :
le bac est réservé aux frontaliers. Lorsqu'on est à vélo, c'est parfois
difficile de se résigner à revenir en arrière, alors nous jouons le tout pour le
tout : une fois la nuit tombée, nous tentons de passer pas une petite
route, qui rejoint aussi la Hongrie. Malheureusement, les gardes-frontière
nous croisent et nous ramènent à Sturovo. Le lendemain, nous hésitons à prendre
le train. Mais nous n'avons plus d'argent, alors nous décidons de
faire le tour par une route menant au prochain poste de douane.
En chemin, nous réalisons que la frontière n'est qu'à une centaine de
mètres de la
route et finalement, nous passerons en portant les vélos pour
traverser un affluent du Danube et nous retrouver en Hongrie...
HONGRIE - BUDAPEST ET LA PLAINE DU DANUBE
Après quelques jours de repos bien mérités à Budapest, Pierre prend le
train pour rentrer en Suisse.
Nous poursuivons à travers la grande plaine de Hongrie.
Les camions et l'état de la route rendent cette traversée peu attrayante.
Les gens nous préviennent que de l'autre côté, en Roumanie, il faudra
faire attention : vol, pauvreté, banditisme, bref on nous met en garde
contre cette idée de passer en Roumanie.
ROUMANIE - CARPATES ET ACCUEIL CHALEUREUX
Heureusement, les préjugés des hongrois étaient plus liés à une triste
page de l'histoire hongroise qu'à la réalité des cycliste en voyage dans les
Carpates. Tout de suite, ce pays nous séduit : espaces montagneux et
authentiques, petits villages où les enfants se lèvent pour nous
saluer, trafic presque inexistant si ce n'est des chars à boeufs.
A Singeorg Bai, nous passons quelques jours dans une famille et
rendons visite à un berger dans un alpage environnant. Nous
passerons la majeure partie de notre séjour Roumanie
dans les Carpates, loin de l'étouffement des villes. L'accueil simple
et chaleureux des Romains nous a marqués et c'était fascinant d'imaginer
un standard de vie si différent du notre à moins de 2000 km de la Suisse.
LA BULGARIE - CULTURE SLAVE ET MINARETS
Après les Carpates, nous retrouvons le Danube vers les Portes de fer, pour entrer ensuite
en Bulgarie.
Nous ferons connaissance avec une professeur de français et Viara,
une de ses élèves. Finalement, nous passerons la nuit dans le village
de Berkovica et apprendrons ainsi quelques rudiments de bulgare.
La suite du voyage se poursuit dans les monts Rhodopes, faisant la frontière
avec la Grèce. Nous préférons les petites routes des montagnes aux
grandes artères de transit, ce qui ne semble pas évident pour les
gendarmes forts suspicieux dans ces zones frontalières.
Dans ces petits villages proches de la Turquie, la forte minorité
musulmane se fait sentir par la présence des minarets.
Après avoir tenté de passer la douane grecque (ouverte aux seuls membres
de la CEE), nous revenons en arrière pour entrer directement en Turquie.
LA TURQUIE - ARRIVEE AUX PORTES DE L'ORIENT
Septembre 1992 : après 6 semaines de voyage à travers l'Europe de l'est
nous arrivons en Turquie. La douane est un énorme souk désordonné.
Finalement, épuisés, nous passerons la nuit quelques kilomètres plus loin
entre la ligne de l'Orient Express et la route principale.
A Edirne et Kirklareli, nous pouvons apprécier l'accueil des turcs
qui nous préparent une table lorsque nous pique-niquons devant
leur épicerie. Deux jours plus tard, nous sommes déjà dans
la banlieue d'Istanbul.
L'entrée en ville restera gravée dans nos mémoires de cyclistes : des faubourgs
interminables qui ressemblent à un immense chantier, une circulation démentielle
et des habitudes de conduite effrayantes lorsque l'on doit se tenir en
équilibre sur deux roues au milieu de cette agitation !
Finalement, après plus de peur que de mal, nous atteignons le quartier
de Taksim où nous resterons à l'hôtel. Pour une fois, nous
ne sommes pas fachés de laisser les vélos et c'est à pied que nous
passerons quelques jours à visiter la ville.
Nous avons réussi notre projet : aller en vélo depuis Lausanne
jusqu'en Turquie. Pour tous les trois, c'était
la première fois que nous nous aventurions si loin sur nos bicyclettes.
Malgré quelques doutes au départ, nous avons toujours gardé l'espoir
d'arriver en vélo jusqu'au bout. Nous voici maintenant
en train de déambuler dans les rues d'Istanbul à des milliers de
kilomètres de chez nous. Le sentiment de réussite est très fort.
Après un tel voyage, l'envie de poursuivre plus loin est bien présente.
Mais c'est le moment de rentrer car les études nous attendent.
Le retour au pays se fera par la Grèce et l'Italie. Depuis le bateau,
nous jetons un dernier regard sur Istanbul et le Bosphore.
Dans quelques années, peut-être...
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